Les filiations

La Gestalt thérapie – Fritz Perls

Fritz Perls a résumé par “Gestalt”, du verbe « gestalten » : mettre en forme, donner une structure signifiante, le premier mode de fonctionnement conscient. Les mécanismes perceptifs et les traitements d’information effectués par le cerveau montrent que nous cherchons à donner une cohérence, une forme, aux phénomènes perçus.

La pratique de la Gestalt consiste à être présent « ici et maintenant » à ses ressentis, à assumer la responsabilité de ce qui émerge, à se rendre disponible avec bienveillance, sans forcer ni attendre d’une intervention extérieure. Il s’agit d’être en contact avec « ce qui est » et de laisser les choses se faire, plutôt que de chercher à les provoquer ou de les orienter vers tel ou tel but. C’est une pratique du contact authentique accueillant le mouvement de la vie en soi.

Plutôt que de vouloir résoudre un problème, ou de vouloir qu’il en aille autrement et de s’obnubiler sur le « pourquoi », il s’agit d’être à l’écoute du « comment ». En laissant venir, le sens émerge et le changement peut se manifester. L’ouverture à ce qui se passe, libère de devoir définir ce que l’on devrait faire ou être et laisse la place à l’expression de l’être authentique.

Fritz Perls disait: « La Gestalt est une méthode trop efficace pour n’être réservée qu’à des malades ! » C’est pourquoi, au-delà de l’aspect thérapeutique, elle est un art de vivre.

La Gestalt  expérientielle – Paul Rebillot

Pour Paul Rebillot, la dilution des rites de passage dans la société moderne est cause de souffrance et de confusion : “en l’absence de shamans ou de maîtres rituels pour jouer le rôle de guide, chacun doit progresser à tâtons pour passer d’une étape à l’autre de la vie — passage souvent solitaire et parfois traumatisant”.

Sa rencontre avec Joseph Campbell, spécialiste de mythologie comparée, les expériences partagées et leurs échanges l’amènent à créer la Gestalt Expérientielle.

Joseph Campbell, à travers son étude des mythologies, (« Le monomythe » ou « Le héros au mille visages ») a identifié une structure commune aux différentes civilisations : l’itinéraire d’un héros, avec toutes les étapes initiatiques qu’il doit traverser pour s’accomplir.

 En reprenant la structure du voyage du héros identifié par Campbell et revenant à l’esprit du drame antique envisagé comme processus de catharsis et de guérison, Paul articule son approche thérapeutique selon la dynamique commune aux grands mythes de l’humanité, dans le respect de ce que chacun considère comme son chemin et sa quête personnels.

Il y applique les principes de la Gestalt, considérant que chaque protagoniste du mythe représente une facette de soi. Et il met en jeu toutes les ressources du groupe, du travail sur le corps et du rituel, pour qu’il devienne possible d’éprouver la structure du mythe, de l’intérieur et sous toutes les perspectives.

Chacun, en entrant dans la peau d’un personnage mythique pour vivre son cheminement, inspiré et habité par sa propre expérience sensorielle et émotionnelle, son intuition et les forces vitales qui l’anime peut, au-delà de toute opinion préconçue ou de ce que l’intellect seul peut appréhender, découvrir tout à la fois l’aventure du héros et sa propre aventure intérieure. Une aventure intime qui enrichira sa vie de tous les jours.

Les personnages bien connus de la mythologie mondiale, tels que le jeune héros, le vieillard devin, la déesse mère, l’antagoniste ténébreux, les dieux de l’amour, de la folie… sont identiques à ceux qui peuplent nos rêves et nos fantasmes. Les mythes fonctionnent de la même manière que l’esprit humain. Ils sont psychologiquement sensés et émotionnellement réalistes, même quand ils dépeignent des évènements fantastiques, impossibles ou irréels.

Ceci explique le pouvoir universel de tels récits. Les histoires écrites selon ce modèle du voyage du héros possèdent un attrait qui peut être perçu par tous, parce qu’elles ont leur source dans l’inconscient partagé, reflètent des préoccupations universelles et peuvent être utilisés pour comprendre la vie.

Le concept de l’inconscient – C.G. Jung

La conception jungienne de l’inconscient introduit une vision dynamique de la psyché et des traits communs à l’humanité : les archétypes, des énergies se manifestant à travers des images, des personnages et se répétant sans cesse, présents dans les rêves de chacun et les mythes de toutes les cultures.

En remarquant une correspondance étroite entre les personnages rêvés par ses patients et les archétypes de la mythologie, il a émit l’hypothèse que les rêves de ses patients et les archétypes de la mythologie provenaient d’une origine plus profonde, l’inconscient collectif de l’espèce humaine.

« Les instincts et les archétypes constituent l’ensemble de l’inconscient collectif. Je l’appelle “collectif” parce que, au contraire de l’inconscient personnel, il n’est pas fait de contenus individuels plus ou moins uniques ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement. » Ils sont « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux »

Jung donne en effet l’épithète de « collectif » à cette partie transpersonnelle de la psyché inconsciente. Pour lui, reconnaître l’existence et l’influence de l’inconscient collectif, c’est reconnaître que « nous ne sommes pas d’aujourd’hui ni d’hier ; « nous sommes d’un âge immense. »

L’inconscient collectif et le conscient forment, dans la vision de Jung, un « ensemble [qui] constitue la totalité psychique dont nul élément ne peut disparaître sans dommage pour l’individu».  Il a une fonction vitale pour l’homme et est source du renouveau de l’être.

Dans cette perspective, la transformation et le changement sont au cœur du processus de développement de la conscience de l’être humain qui s’inscrit alors dans un « processus d’individuation » : une quête personnelle de croissance et de réalisation.

Le concept du « corps énergétique » –  Wilhelm Reich

Le corps est une archive. Il garde en mémoire les émotions refoulées et les tensions, qu’elles soient liées à un événement récent ou ancien, voire néonatal et parfois futur, quand il s’agit de peurs liées à l’avenir. Le vécu marque, imprègne la posture physique, le caractère, et la manière dont chacun est en relation avec lui-même et les autres. Chaque tension, raideur, blocage, raconte l’histoire de la personne.

Les travaux de W.Reich ont mis à jour une géographie des zones de tensions musculaires et posturales reliées aux blocages affectifs et aux comportements et lui a donné le nom de « cuirasse caractérielle ».

La cuirasse caractérielle est organisée en couches successives à la manière des couches géologiques. Chaque couche représente la somme de toutes les expériences passées, l’histoire gelée de l’individu.

Le cuirassement se forge au feu de toutes les expériences, conscientes et inconscientes. Il est une protection des ébranlements venant de l’extérieur tout comme de l’intérieur de chaque individu. Il a pour fonction d’éviter le déplaisir, d’absorber les émotions refoulées, notamment l’angoisse, l’agressivité et l’excitation sexuelle, de contrôler tout ce qui pourrait faire perdre la tête comme le désir, la peur et le plaisir. Il permet d’établir et de maintenir un équilibre psychique, fut il névrotique.

Le caractère est une équation personnelle permettant de gérer l’énergie qui est en tout individu. Il représente une manière spécifique d’être au monde. Mais généralement n’en percevant pas les limites chacun pense que sa vision du monde est universelle.

Comme inconsciemment l’individu a également intégré dans sa structure psychique et physique les caractéristiques de son époque, toute tentative de changer le monde autour de lui qui le frustre, ne saurait être efficace, sans une prise de conscience de ses propres limitations caractérielles.

La théorie de la créativité constructive – Carl Rogers

Fondée sur une vision positive de l’être humain, l’approche humaniste de la psychothérapie s’appuie sur la tendance innée de la personne à mobiliser les forces de croissance psychologique et à développer son potentiel.

Avec l’Approche Centrée sur la Personne, Carl Rogers a été un des premiers psychologues humanistes à s’intéresser à la créativité personnelle des individus. S’appuyant sur les découvertes cliniques dans le domaine de la psychothérapie, il a définit différentes conditions dans lesquelles l’acte créateur peut se produire, la façon dont il est possible de développer un esprit constructif.

Il a mis au jour certaines conditions qui favorisent la créativité constructive. Pour le sujet :

– une ouverture à l’expérience. « A l’opposé de l’attitude de défense psychologique, une complète ouverture à ce qui existe au moment présent est, je crois une des conditions importante de la créativité ». Lorsqu’un individu est entièrement « ouvert » à son expérience, sa conduite devient créative de manière constructive,

– un centre de jugement de valeur interne. Plutôt que de donner crédit au jugement d’autrui, c’est au créateur d’estimer sa propre création : « Ai-je créé quelque chose qui me satisfait, moi ? Cela exprime-t-il une partie de moi-même, mes sentiments, ma vision, ma douleur ou ma joie ? »,

– une habileté à jouer avec les éléments et les concepts. C’est en explorant et en jouant de manière spontanée avec les idées, les couleurs, les formes, les invraisemblables associations… qu’une vision créatrice de la vie peut jaillir et prendre une nouvelle signification ou une nouvelle orientation.

Pour le thérapeute, il s’agit de créer un climat de sécurité ou l’individu apprend peu à peu à être vraiment lui-même :

– accepter la valeur inconditionnelle de l’individu, quelle que soit sa condition ou sa conduite présente, deviner ses possibilités et mettre en lui une foi inconditionnelle, quel que soit son état présent,

– établir un climat dont toute évaluation externe soit absente. Toute évaluation, tout jugement est une menace qui créé un besoin de défense et un refoulement. En ne portant aucun jugement sur l’individu qu’il accueille, le thérapeute créé un climat libérateur et encourage sa créativité.

La psychothérapie transpersonnelle – Rainer Pervöltz

C’est, dit Rainer Pervöltz, l’art de focaliser sur « ce qui est ». Vivre « ce qui est », est une capacité infinie qui nous ouvre vers de nouvelles perspectives et nous révèle chaque fois davantage notre nature essentielle. Etre en paix avec ce que la vie offre, avoir le courage de ne plus se quereller à propos de qui je suis, est le but commun de la plupart des chemins spirituels.

Plutôt que la recherche de solutions pour réduire le ressenti et retrouver du confort, – ce qui réduit le processus profond de connaissance de soi-même à un simple changement adaptatif – c’est en explorant « ce qui est », qu’il devient possible d’accéder à « la vérité qui rendra libre ».

Dans un état de souffrance, s’engager dans « ce qui est » ne sera pas de trouver des moyens effectifs pour fuir la peine, mais plutôt de se rendre compte de la manière dont je la produis et comment je la vis.

Dans une situation importante où le ressenti est absent, « ce qui est » ne sera pas la recherche du sentiment perdu, mais d’avoir, en premier lieu, l’audace de remarquer et de m’investir dans cette « insensibilité ».

Un tel engagement est toujours un long processus, qui ne peut réussir par la seule compréhension mentale. Un tel engagement nous guide peu à peu vers une attitude d’amitié envers nous-mêmes et peut nous permettre de voir que nous avons appris à cacher nos sentiments plutôt que de nous juger comme quelqu’un d’insensible.

La raison et la vie « normale » sont généralement et continuellement orientées vers ce qui devrait ou ne devrait pas être. L’art d’apprendre à rediriger notre attention vers « ce qui est » développe l’amitié envers nous-mêmes. Et c’est la chose la plus importante que nous puissions apprendre.

Cette nouvelle attitude sera vécue à la fois comme une immense perte et un grand soulagement. Il faudra peut-être sacrifier ce qui semble constituer une valeur indispensable de notre personnalité, notre ambition assidue à nous améliorer ou à nous changer. Nous allons y rencontrer un étrange paradoxe. Derrière le besoin d’être « toujours en chemin » et la compulsion à vouloir devenir quelqu’un d’autre, il y a souvent une grande peur de la véritable transformation.

Travailler et penser “transpersonnellement” exige que nous sortions de notre « zone de confort », que nous acceptions une « perturbation positive », une renonciation ou un abandon que nous apprenons à produire volontairement. Si la thérapie suppose d’inclure un aspect de libération – la libération graduelle de notre propre histoire – il est inévitable de se rendre compte de l’ambigüité qui va émerger. Nous avons besoin de nous sentir estimés et aimés – et ce besoin nous éloigne en même temps de la possibilité d’être libre.

A la fin de notre vie, la question essentielle sera peut-être : combien d’amour as tu ressenti envers toi-même ?